Le mouvement de la transition

Villes en transition : d'où vient le mouvement et comment il fonctionne

Le mouvement de la transition · Publié le 2026-10-27

Jardin potager collectif en pente, planches de légumes, tuteurs en bambou et bacs de culture, avec des immeubles en arrière-plan
Jardin potager communautaire de Kelburn, à Wellington (Nouvelle-Zélande). Photographie de Lucy Firenze, CC0. Illustration générale.

Un potager au pied d'un immeuble, un atelier où l'on répare un grille-pain, une projection suivie d'un débat dans une salle municipale : vues de loin, ces initiatives n'ont rien de spectaculaire. Elles appartiennent pourtant souvent à un même mouvement, né il y a une vingtaine d'années entre l'Irlande et l'Angleterre, et qui revendique aujourd'hui des groupes dans des dizaines de pays. Voici d'où viennent les « villes en transition », ce qu'elles cherchent à faire et comment elles se sont implantées en France.

Un exercice d'étudiants à Kinsale

L'histoire commence dans une petite ville portuaire du sud de l'Irlande. Au milieu des années 2000, Rob Hopkins, qui enseigne alors la permaculture dans un établissement d'enseignement supérieur de Kinsale, propose à ses étudiants un exercice : appliquer les principes de la permaculture à une question très concrète, celle de la dépendance d'une ville au pétrole. Que faudrait-il changer, dans l'alimentation, le logement, les déplacements ou l'économie locale, pour qu'une commune de quelques milliers d'habitants puisse vivre correctement avec beaucoup moins d'énergie fossile ?

Le résultat est un document de planification, le Kinsale Energy Descent Action Plan, que l'on peut traduire par « plan d'action de descente énergétique ». Selon plusieurs récits du mouvement, il est publié en 2005 et le conseil municipal décide ensuite d'en adopter le principe. Le vocabulaire de la « descente énergétique », qui peut surprendre, désigne simplement une trajectoire organisée de réduction de la consommation d'énergie, plutôt qu'une baisse subie.

Totnes, première « ville en transition »

Rob Hopkins s'installe ensuite à Totnes, dans le Devon, où il cofonde Transition Town Totnes, considérée comme la première initiative de transition officielle. Le lancement public, que le mouvement appelle « Unleashing » (on pourrait dire « libération » ou « coup d'envoi »), a lieu en septembre 2006. La ville devient un laboratoire : groupes de travail sur l'alimentation, l'énergie, le logement, les déplacements, l'économie locale ; plantation d'arbres fruitiers ; projets d'énergie citoyenne ; et, quelques années plus tard, un plan local de descente énergétique, publié en 2010.

Le site de Transition Network, l'organisation qui anime aujourd'hui le réseau international et dont l'adresse postale est toujours à Totnes, résume l'origine du mouvement en une phrase : il est né en Grande-Bretagne et en Irlande en 2006. Il présente la transition comme « le passage d'une manière de vivre à une autre ».

Ce que le mouvement cherche à faire

Au départ, deux préoccupations dominent : le « pic pétrolier », c'est-à-dire la perspective d'une production de pétrole qui cesse d'augmenter puis décline, et le changement climatique. Les deux mènent à la même conclusion : nos modes de vie reposent sur une énergie abondante et bon marché qu'il faudra, d'une manière ou d'une autre, apprendre à utiliser beaucoup moins. Plutôt que d'attendre des décisions venues d'en haut ou de s'en tenir à la dénonciation, le mouvement propose de commencer tout de suite, à l'échelle d'une rue, d'un quartier ou d'une commune.

Le mot-clé est la résilience : la capacité d'un territoire à encaisser un choc (hausse brutale du prix de l'énergie, rupture d'approvisionnement, épisode climatique extrême) sans s'effondrer, en s'appuyant sur des ressources, des savoir-faire et des solidarités locales. D'où l'intérêt pour les circuits courts, les jardins, la réparation, les monnaies locales ou l'énergie produite sur place.

Transition Network présente aujourd'hui huit principes pour les groupes qui s'en réclament :

Le dernier point est souvent cité comme la marque de fabrique du mouvement : plutôt que de miser sur la peur, il invite à imaginer à quoi pourrait ressembler une vie locale plus sobre et plus agréable, puis à commencer à la construire. C'est l'objet d'un des livres de Rob Hopkins, présenté dans notre article sur la résilience locale et l'imagination.

Une diffusion rapide, sans franchise

À partir de Totnes, l'idée circule très vite dans les pays anglophones, puis en Europe continentale. La forme est souple : un groupe d'habitants se constitue, se fait connaître, organise des rencontres et des projections, puis lance des projets concrets. Transition Network propose des formations, des guides et une carte des groupes, mais ne délivre pas d'agrément et n'impose aucun programme. Le réseau indique aujourd'hui être présent dans 67 pays ; il ne publie pas, sur la page qui présente le mouvement, de nombre total de groupes, et beaucoup d'initiatives locales vivent quelques années avant de se transformer ou de s'arrêter.

Le livre fondateur, The Transition Handbook, paraît en anglais en 2008. Sa traduction française, Manuel de transition. De la dépendance au pétrole à la résilience locale, est publiée en 2010 par les éditions Écosociété, à Montréal, avec l'association Silence. Il a largement contribué à faire connaître la démarche dans l'espace francophone.

En France : « villes et territoires en transition »

En France, les initiatives se regroupent sous l'appellation « villes et territoires en transition » et sont reliées au réseau international. Le site du réseau français, entransition.fr (l'ancienne adresse transitionfrance.fr y renvoie désormais), présente le mouvement, recense des initiatives locales et propose des ressources. Un article publié sur ce site en avril 2016 évoquait plus de 2 000 initiatives dans 50 pays, dont environ 150 en France ; ces chiffres datent de dix ans et ne disent rien de la situation actuelle.

La plupart des groupes français prennent la forme d'associations déclarées, ce qui leur permet d'ouvrir un compte, de signer une convention avec une mairie ou d'assurer leurs activités. D'autres restent des collectifs informels. Les démarches à suivre pour créer une association sont détaillées dans notre article sur la création d'un collectif citoyen. En Île-de-France, des groupes existent dans de nombreuses communes, et le Val-de-Marne compte depuis 2015 une association départementale qui fédère les initiatives locales : nous la présentons, avec d'autres collectifs déclarés au Journal officiel, dans notre tour d'horizon des collectifs de transition du Val-de-Marne.

Ce que cela change pour un habitant

Pour qui s'intéresse au sujet, le mouvement offre surtout une porte d'entrée simple : on n'adhère pas à une doctrine, on rejoint un projet concret près de chez soi. Les activités les plus fréquentes sont connues : ateliers de réparation, jardins partagés, grainothèques, compostage collectif, groupements d'achat auprès de producteurs, ciné-débats, ateliers sur les économies d'énergie. Certaines initiatives ont débouché sur des projets plus ambitieux, comme des monnaies locales ou des coopératives d'énergie.

Les limites sont tout aussi connues. Les groupes reposent sur le bénévolat et s'essoufflent parfois ; leur public est souvent moins varié que la population du quartier ; et l'échelle locale ne suffit pas, à elle seule, à répondre à des enjeux qui se jouent aussi dans les lois, les budgets publics et les choix industriels. Le mouvement ne le nie pas : il revendique un rôle d'expérimentation et d'entraînement, aux côtés des politiques publiques, comme les plans climat des intercommunalités.

Sources