Réflexions pour bousculer le compost urbain

Composteur de quartier à Toulouse

Alors que le Défi Zéro Déchet de la ville du Perreux a été officiellement lancé ce mardi 4 juin pour causer des mises en place pratiques d’un système de compostage, je tenais à revenir sur plusieurs points et questions soulevés pendant cette rencontre, sans revenir sur les aspects techniques du processus du compostage des déchets.

Soirée autour du compostage individuel et collectif au Perreux, animée par l’association Ecophylle de Saint-Maur (94) et une interviention de Boucles de la Marne.

Le compost, c’est quasiment la question n°1 des personnes qui veulent s’engager vite et bien dans une démarche de réduction des déchets. Pensez-vous, des épluchures composées à 90% d’eau qui partent à l’incinération pour rien, et qui font puer des poubelles de cuisine dont on a pourtant réussi à réduire l’embonpoint, alors qu’avec un peu de magie on pourrait les transformer en humus pour faire pousser des tomates, c’est trop bête. Oui, le compost permet de réemployer utilement des déchets, et beaucoup de gens avec un pavillon et un jardin le font sans se poser plus de questions.

Malgré ces éléments, il ne semble pas inutile de faire un petit guide de réflexions et peut-être de déculpabilisation autour du compost :

Le compost, dernière des marches

Le compost arrive en tout dernier dans une démarche visant à réduire les déchets.

Si vous avez suffisamment de matières à composter, on peut imaginer que c’est parce que vous avez réussi à adopter une routine alimentaire basée sur beaucoup de fruits et légumes (qu’il est facile d’acheter sans emballage, ou avec des emballages sans plastique) et de céréales, en privilégiant le fait-maison notamment, ou encore en buvant du café sans dosettes aluminium, avec du marc à foison qui reste dans votre poubelle. Bref, vous avez déjà accompli un énorme chemin, qui demande de l’énergie, de la réflexion, de l’optimisation de son temps.

Bravo !

D’autre part, en matière de repas dans votre foyer, la principale traque à mener concerne le gaspillage alimentaire (on considère qu’un foyer français jette en moyenne l’équivalent d’un repas par semaine) ; il ne s’agit pas de retourner le problème en considérant qu’on peut, grâce au compostage, plus aisément jeter des produits dont on a laissé passer la date de fraîcheur. Là encore, nul n’est parfait et la lutte contre le gaspillage demande du temps, une éducation, de la ressource pour pallier les imprévus,…

Vous ne gaspillez (quasiment) plus de nourriture et vous vous nourrissez beaucoup avec des plats souvent faits maisons où les légumes ont la part belle ? Ben bravo, une fois de plus.

Si en plus vous êtes toujours déterminé.e pour vous lancer dans une démarche de compostage en ville, il vous faudra considérer les options suivantes :

Le lombricompostage en intérieur : il fait peur, mais fonctionne très bien, avec peu d’entretien, sans nuisances. Peu de formations sont proposées néanmoins, c’est un vrai frein, malgré la documentation disponible en ligne.

Le compost de copropriété si vous avez un lopin de terre dans les parties communes : le territoire de Paris Est Marne et Bois les met gratuitement à disposition avec une formation.

Lorsque ces deux possibilités ne s’offrent pas à vous, il faut tendre à développer des composteurs de quartier, sous l’égide d’une association, d’une maison de quartier (la MJC a sauté le pas à Nogent il y a quelques mois), pourquoi pas d’un restaurant ou d’un maraîcher… Avec l’aide de la mairie, c’est toujours mieux.

On peut aussi solliciter le maraîcher de son AMAP pour qu’il reprenne les déchets de cuisine.

L’idéal est évidemment de s’assurer que ce compost serve évidemment à amender des parcelles (c’est sa seule finalité) dans des projets agricoles et potagers, même très modestes (un carré d’aromatiques, des fleurs comestibles…)

Dans bien des cas, sauf à avoir des collectivités très volontaristes sur la question (Paris, Montreuil,…), lancer un compost en ville est une aventure collective, où il faut créer du lien, s’entendre, s’organiser. C’est un beau projet s’il est vécu comme tel, en bousculant les voisin.es les élu.es des villes pour qu’ils s’engagent eux aussi dans cette démarche et proposent des solutions sensées dans des territoires denses où les espaces verts collectifs sont rares.

Certaines personnes intéressées par le fait de composter leur déchet amènent régulièrement dans le sujet la possibilité de faire ramasser ces déchets de cuisine, en même temps que le verre et les déchets carton/plastique et la fameuse poubelle noire. L’idée est séduisante car elle paraît toujours simple et imposée à tout le monde. Mais elle ne réduit pas l’énergie liée au transports des déchets par les collectivités, exige une plateforme de compostage suffisamment performante dans le territoire et ne permet pas aux particuliers d’accéder aisément au produit fini et composté. Cette solution déplace le problème et délocalise un processus de valorisation de déchets peut se faire facilement localement avec une bonne volonté collective.

Beaucoup ont en tête Recology, la firme star du compost à San Francisco, longuement documentée dans le film Demain par exemple. Mais Recology est une entreprise très lucrative, qui coûte 220 millions de dollars à la ville et ne paie aucune charge à la municipalité. L’entreprise donne satisfaction à la plupart des habitant.es mais son monopole a encore récemment été remis en question par un collectif d’administré.es, qui proposait de casser ce monopole. Recology a fait une campagne extrêmement dure et onéreuse pour conserver son pré carré et continuer d’opérer seule sur SF.

En un mot, le compost paraît toujours plus compliqué qu’il ne l’est vraiment, a peut-être un moins de vertus que celles qu’on veut bien lui prêter, du moins lorsqu’il n’est pas pensé dans une démarche globale voire collective, mais simplement comme un marché supplémentaire pour se débarrasser de petites épluchures qui puent.

En matière d’alimentation, réduire le surplus et refuser la surconsommation et donc le gaspillage, tout en réduisant la part d’aliments trop transformés et trop peu nutritifs est en soi un parcours de longue haleine, et qui n’est on le sait pas accessible à tout le monde. Militer pour davantage de transparence et d’égalité alimentaire, faire en sorte que chaque citoyen.ne ait le temps, le budget et la sérénité d’esprit pour pouvoir aborder sérieusement le contenu de son assiette restera toujours plus important que de vouloir composter quelques épluchures.

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