Soirée Réconomie à la Maison des Acteurs du Paris Durable

Depuis le début de l’année, un petit groupe de transitionneurs du Val-de-Marne et au-delà s’est formé pour étudier le concept de réconomie et surtout réfléchir aux possibilités de monter un ou plusieurs projets de réconomie dans le Val-de-Marne.

La réconomie est la traduction facile du terme Reconomy, le nom d’un sous-réseau dans le réseau Villes et Territoire en transition qui réunit des communautés locales cherchant à transformer leur économie pour la rendre plus résiliente, plus durable et globalement meilleure pour le bien-être des citoyens.

L’objectif de la démarche de réconomie : permettre à la population locale sur un territoire donné de développer une nouvelle forme d’économie locale, en termes monétaires (revenus et emplois), sociaux et environnementaux.

Après des discussions en cercle relativement fermé sur le sujet, nous avons décidé d’organiser une première sortie « publique » mi-juin, afin de tester des outils qui pourraient être pertinents pour avancer dans la démarche… et aussi de recueillir les impressions et retours de personnes étrangères au projet. Nous remercions la Maison des Acteurs du Paris Durable, qui a accepté de nous accueillir pour cette soirée expérimentale, dont voici un petit compte rendu.

Introduction

Le rendez-vous était donné à 18h30, pour une soirée découpée en trois parties. Dans la première, des porteurs de parole ont accueilli les participants pour leur souhaiter la bienvenue et aussi réaliser des petites interviews. Chacun était invité à donner sa propre définition d’une économie locale plus résiliente et durable. Le résultat de cette première partie est résumé ci-dessous dans deux nuages distincts : d’un côté, la vision du système actuel. De l’autre, celle d’une autre économie.

Après avoir profité du dîner en mode auberge espagnole, nous avons rapidement introduit la soirée et le concept de réconomie tel qu’il a été défini par le mouvement des villes et territoires en transition, sans entrer dans les détails, car l’objectif de la soirée était d’expérimenter.

Anticipation…

Le premier exercice proposé était une « tempête de cerveaux » sur le mode « What if? » en 2030. Et si… il n’y avait plus de voitures ? Et si… il n’y avait plus d’Internet ? Les 23 participants, réunis en groupe de cinq à six personnes, ont été invités à réfléchir à un de plusieurs scénarios possibles proposés sous forme de cartes de jeu. Pour orienter la réflexion sans (trop) la brider, chaque groupe devait aussi tirer une carte « thème » contenant des informations plus contextuelles.

Au terme de la tempête de cerveaux, chaque groupe a proposé à l’ensemble des participants une restitution du résultat… si les présentations étaient plus ou moins structurées, toutes avaient le point commun de présenter un monde où il faisait mieux vivre, malgré des scénarios initiaux a priori anxiogènes.

… et changement de perspective

Après ce premier exercice d’anticipation, nous nous sommes de nouveau rapprochés du cœur du sujet de la soirée, en proposant l’exercice de l’interview ABCD. Nous avons proposé aux personnes qui avaient envie de le faire de partager avec d’autres participants le déroulement d’un projet réussi. Les seules règles étaient de choisir un projet qui s’était fait en équipe, à l’initiative et sous le pilotage de citoyens plutôt que de collectivités.

A notre belle surprise, les participants sont ressortis très enthousiastes de l’exercice, et avec des témoignages aussi intéressants que variés : on avait pêle-mêle un projet plutôt politique (Ma voix), un autre de création d’un jardin de quartier, un troisième encore autour de l’organisation d’une grande fête de la transition…

L’intérêt de ce type d’exercice ? Outre le partage d’expériences, l’idée était d’introduire en douceur un changement de perspective dans la tête des participants, pour les faire sortir de leur mode de réflexion habituel, porté sur l’analyse de problèmes à résoudre, et passer en mode ABCD.

ABCD ?

ABCD, ou « Asset-based Community Development », est une méthode qui consiste à observer une communauté (un collectif / quartier / une organisation) sous la perspective de ses atouts/ressources/forces, plutôt que par le biais de problèmes à résoudre, pour favoriser son développement sur la base de ces ressources. Autrement dit, en considérant le verre comme à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Si ça a l’air simple dit comme ça, la méthode ABCD implique dans les faits un vrai changement de mode de pensée. Pour vous en convaincre, posez-vous donc la question suivante : si vous vous retrouviez face à un homme qui a faim, lui donneriez-vous un poisson… ou lui apprendriez-vous à pêcher ?

Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. Donner un poisson à quelqu’un c’est le nourrir pour un jour, lui apprendre à pêcher c’est le nourrir pour la vie.

Confucius

La théorie de départ, c’est celle selon laquelle les citoyens se trouvent généralement tout en bas d’une échelle de pouvoir, que ce soit dans leurs rapports avec les entreprises ou les services publics : au mieux consommateurs de services, de produits ou de prestations, au pire assistés, voire victimes selon l’échelle de l’ABCD Institute. En changeant le mode de réflexion, pour réfléchir non plus en termes de besoins mais de forces, de ressources disponibles, l’idée est de permettre aux citoyens de véritablement reprendre la main pour changer de rôle et monter peu à peu sur l’échelle… en se réappropriant leur vie et celle de leur communauté. Un objectif lui-même au cœur de la démarche de transition que porte Boucles de la Marne en transition…

Le collectif de transition de Totnes, berceau des Villes et territoires en transition, s’est appuyé sur le même principe pour lancer ses projets de réconomie en 2011 : dans une première phase, des habitants de Totnes se sont réunis afin de travailler à répertorier l’ensemble des ressources locales, pour ensuite bâtir des projets sur la base de ces ressources. Aujourd’hui, le projet Reconomy a donné naissance à beaucoup de sous-projets dans les domaines de l’alimentation, de l’habitat, de l’énergie… contribuant à redynamiser l’économie de Totnes et à renforcer sa résilience.

Au cours de nos premiers échanges pour lancer une réflexion sur un projet Réconomie dans le Val-de-Marne, l’un de nous a mentionné la méthode ABCD comme un outil potentiel pour cette première phase de collecte et de maillage des ressources de notre territoire. Nos premières analyses – et cette expérience – nous confortent dans l’idée que c’est une méthode intéressante à appliquer et à diffuser.  Actuellement, l’ABCD Institute forme et assiste des communautés un peu partout dans le monde (anglophone) dans des projets de développement basés sur la méthode ABCD. Aux dernières nouvelles, il prévoit d’organiser un premier événement en France au début de l’année 2018… avant peut-être de commencer à proposer des formations ici. A suivre donc 🙂

Si cette soirée n’a pas fait avancer la réflexion sur le projet Réconomie en Val-de-Marne en lui-même (ce n’était pas le but), elle nous a donné l’occasion de nous essayer à une autre façon de penser et d’expérimenter des outils intéressants. Nous voulions aussi semer quelques graines, pour trouver d’autres contributeurs, voire susciter des projets ailleurs. Si le sujet vous interpelle et que vous souhaitez contribuer, n’hésitez pas à nous faire signe 🙂 Nous sommes encore au début de la réflexion, et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.

Pour plus d’informations sur la méthode What if? http://www.whatiflab.org

Pour en savoir plus sur la méthode ABCD : TEDx talk de Cormac Russell

Sur le projet Reconomy de Totnes (en anglais) : http://reconomy.org/

Le site de Val-de-Marne en transition : http://val-de-marne-en-transition.org/

 

 

 

 

 

 

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