Faire ensemble

Jardins partagés, Incroyables Comestibles et grainothèques : jardiner ensemble en ville

Faire ensemble · Publié le 2026-10-27

Jardin partagé en ville : bacs de culture, pergola couverte de vigne, sacs de terreau et plantes en pots au pied d'immeubles
Jardin partagé pédagogique La Pinède, à Lyon, en mai 2019. Photographie de Benoît Prieur, CC0. Illustration générale.

Un carré de terre au pied d'un immeuble, quelques bacs de tomates sur un trottoir avec une pancarte « servez-vous », une boîte à graines dans une médiathèque : le jardinage collectif prend en ville des formes très variées. Il est souvent la première activité d'un groupe de transition, parce qu'il est concret, visible et convivial. Voici ce qu'il faut savoir sur les jardins partagés, le mouvement des Incroyables Comestibles et les grainothèques, avec ce que propose le territoire Paris Est Marne & Bois.

Jardin partagé, familial, d'insertion : de quoi parle-t-on ?

On confond souvent plusieurs formes de jardins collectifs. Les jardins familiaux, héritiers des jardins ouvriers, sont divisés en parcelles attribuées à des particuliers qui les cultivent pour leurs propres besoins. Les jardins d'insertion accueillent des personnes en difficulté sociale ou professionnelle. Les jardins partagés, enfin, sont cultivés en commun par un groupe d'habitants et ouverts sur le quartier.

Ces trois définitions figurent dans une proposition de loi relative aux jardins collectifs adoptée par le Sénat le 14 octobre 2003. Elle définit les jardins partagés comme des jardins « créés ou animés collectivement », destinés à développer des liens sociaux de proximité par des activités sociales, culturelles ou éducatives, et accessibles au public. Transmis à l'Assemblée nationale en 2003, puis de nouveau en 2007, le texte n'y a jamais été examiné : les jardins partagés n'ont donc toujours pas de statut juridique propre. En pratique, ils fonctionnent le plus souvent grâce à une convention d'occupation entre une association d'habitants et le propriétaire du terrain, commune, bailleur social ou copropriété.

Plusieurs villes ont formalisé leurs règles. Paris, par exemple, demande aux associations qui gèrent un jardin partagé sur un terrain municipal de signer une charte, dite « Main verte ». Les communes du Val-de-Marne ont chacune leur pratique : il faut se renseigner auprès du service des espaces verts ou de la vie associative de sa mairie.

Créer un jardin partagé : les étapes habituelles

  1. Réunir un groupe de voisins prêts à s'engager dans la durée, y compris l'été, quand l'arrosage ne peut pas attendre.
  2. Repérer un terrain : délaissé municipal, pied d'immeuble, cour d'école ou de résidence. La qualité du sol est une vraie question en ville ; en cas de doute sur une pollution, on cultive en bacs hors sol.
  3. Se constituer en association pour pouvoir signer une convention, assurer les activités et recevoir d'éventuelles aides.
  4. Signer une convention avec le propriétaire, qui fixe la durée, les horaires d'ouverture au public, l'accès à l'eau et les règles d'entretien.
  5. Organiser la vie du jardin : planning d'arrosage, compost, outils partagés, moments ouverts au quartier.

Des aides publiques ont existé : le plan de relance lancé en 2020 a ainsi consacré 17 millions d'euros au développement des jardins partagés et collectifs, mais ce dispositif n'est plus ouvert. Les aides actuelles dépendent des collectivités et se recherchent au cas par cas.

Les Incroyables Comestibles : des légumes en libre-service

Le mouvement des Incroyables Comestibles (Incredible Edible en anglais) est né en 2008 à Todmorden, une petite ville du nord de l'Angleterre. Son principe tient en une phrase : planter des fruits, des légumes et des aromatiques dans l'espace public, et laisser chacun se servir. Des bacs apparaissent devant une gare, une école ou un commerce, avec une pancarte « nourriture à partager ».

L'idée a gagné la France au début des années 2010, d'abord en Alsace selon les récits du mouvement, puis dans de nombreuses communes, souvent portée par des collectifs de transition. Les archives de l'ancien site hébergé sur ce domaine montrent qu'un groupe des boucles de la Marne s'en réclamait. Au-delà de la récolte, souvent modeste, ces bacs servent surtout à engager la conversation avec les passants et à rendre visible la question de l'alimentation locale. Ils supposent un accord avec la commune ou le propriétaire des lieux, et un entretien régulier pour ne pas devenir des bacs à mégots.

Les grainothèques et l'échange de semences

Une grainothèque est une boîte, un meuble ou une étagère où l'on dépose et où l'on prend librement des sachets de graines, le plus souvent issues de son propre potager. On en trouve dans des médiathèques, des jardins partagés, des tiers-lieux. Elles permettent de faire circuler des variétés anciennes ou locales, adaptées au climat, et d'apprendre à produire ses propres semences.

Le cadre juridique des semences est complexe, mais l'essentiel pour un jardinier amateur tient en deux points. Le code rural, depuis la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016, prévoit que la cession à titre gratuit de semences de variétés appartenant au domaine public à des utilisateurs non professionnels, qui ne visent pas une exploitation commerciale, n'est pas soumise à l'obligation d'inscription au catalogue officiel ; les règles sanitaires continuent en revanche de s'appliquer. La question de la vente de ces semences par des associations a, elle, fait l'objet de plusieurs épisodes législatifs et d'un avis de la Commission européenne en 2020 ; nous ne l'avons pas tranchée ici. Une grainothèque gratuite entre amateurs reste dans le cas le plus simple.

Jardiner sans produire de déchets

Un jardin produit beaucoup de déchets verts. Selon Paris Est Marne & Bois, les jardins du territoire ont généré en 2024 plus de 9 000 tonnes de végétaux collectés au porte-à-porte ou apportés en déchèterie, soit un peu plus de 17 kg par habitant et par an. Le territoire rappelle qu'il est strictement interdit de brûler ses végétaux, et promeut quatre techniques pour les garder sur place :

Un jardin partagé qui composte ses déchets et paille ses planches illustre bien la logique de la transition : boucler les cycles sur place. Il peut aussi devenir un point de distribution pour une AMAP ou un lieu d'atelier pour un repair café.

Sources