Bords de Marne

Crues de la Marne : la référence de 1910, le PPRI du Val-de-Marne et l'état des risques

Bords de Marne · Publié le 2026-10-27

Carte postale de janvier 1910 : des hommes en barque ravitaillent les habitants dans une rue inondée d'Alfortville
« Janvier 1910. Alfortville : ravitaillement des habitants », carte postale de la crue de 1910. Domaine public.

En janvier 1910, des barques circulent dans les rues d'Alfortville, de Joinville ou de Saint-Maur pour ravitailler les habitants. Plus d'un siècle plus tard, cette crue de la Seine et de la Marne reste la référence officielle du risque inondation dans le Val-de-Marne. Une crue comparable peut se reproduire : la question n'est pas de savoir si, mais quand. Voici comment le risque est encadré, ce qu'il change pour les habitants, et les réflexes à connaître.

1910, 1924 : les crues de référence

La crue de janvier 1910 est restée dans les mémoires par son ampleur et sa durée : des quartiers entiers sont restés inondés pendant des semaines. Le règlement du PPRI du Val-de-Marne précise que les plus hautes eaux connues correspondent aux niveaux atteints par la crue de 1910 de la Marne et de la Seine. Il retient aussi une crue de moindre ampleur, dite cinquantennale, qui correspond à la crue de 1924.

Ces crues de plaine montent lentement, sur plusieurs jours, et redescendent lentement. Elles laissent le temps d'anticiper, à condition d'être préparé. Elles peuvent aussi durer, avec des conséquences qui dépassent les seuls logements inondés : coupures d'électricité, de chauffage, d'ascenseurs, de transports, de réseaux de communication, y compris dans des immeubles restés au sec.

Depuis 1910, des ouvrages de régulation ont été construits en amont, comme les lacs-réservoirs gérés par l'établissement public Seine Grands Lacs, dont celui qui est alimenté par la Marne. Ils réduisent l'intensité des crues, sans pouvoir les supprimer : une crue de type 1910 reste le scénario de référence des pouvoirs publics.

Le PPRI de la Marne et de la Seine dans le Val-de-Marne

Le plan de prévention du risque inondation est un document de l'État qui délimite les zones exposées et y fixe des règles d'urbanisme et de construction. Dans le Val-de-Marne, un premier PPRI de la Marne et de la Seine a été approuvé le 28 juillet 2000. Sa révision a été prescrite par le préfet le 4 avril 2003 ; après une enquête publique ouverte par un arrêté du 25 janvier 2007, le plan révisé a été approuvé par l'arrêté préfectoral n° 2007/4410 du 12 novembre 2007, entré en application à la fin de l'année 2007.

Le PPRI découpe le territoire en zones selon la hauteur d'eau atteinte lors de la crue de référence et la nature de l'urbanisation. Selon la zone, il peut interdire les constructions nouvelles, limiter les extensions, imposer que les planchers habitables soient situés au-dessus des plus hautes eaux connues, ou encadrer l'aménagement des sous-sols. Il s'impose au plan local d'urbanisme. Le règlement et les cartes sont consultables en mairie, sur les sites de plusieurs communes et sur celui de la préfecture.

Ce que cela change pour un locataire ou un acheteur

Pour qui loue ou achète, le principal outil d'information est l'état des risques, aussi appelé information des acquéreurs et locataires. Selon Service Public, le propriétaire doit le fournir au futur locataire ou acquéreur si le bien est situé, notamment, dans une zone délimitée par un plan de prévention des risques naturels approuvé, ce qui est le cas des zones couvertes par le PPRI. Il doit dater de moins de six mois, et être actualisé si ses informations ne sont plus exactes à la signature du bail.

En pratique, il est utile de regarder la question avant même la visite : à quel étage est le logement, où se trouvent les compteurs, la chaudière, la cave, l'ascenseur ? Un rez-de-chaussée en zone inondable n'a pas le même profil qu'un troisième étage dans la même rue. Nous détaillons ces points dans notre guide pour choisir un logement près de la rivière.

Connaître le risque de son adresse

Le site public Géorisques permet de connaître, pour une adresse, les risques naturels et technologiques auxquels elle est exposée, et de générer l'état des risques. La mairie tient aussi à disposition le document d'information communal sur les risques majeurs et, pour les communes qui doivent en adopter un, le plan communal de sauvegarde, qui organise l'alerte et l'évacuation.

Les bons réflexes en cas de crue

  1. Se tenir informé de la vigilance crues, publiée par les services de l'État, et des messages de la mairie.
  2. Anticiper : mettre en hauteur les objets de valeur, les papiers importants et les produits dangereux, prévoir de l'eau, des médicaments et une lampe.
  3. Couper l'électricité et le gaz si l'eau menace le logement, sur consigne ou par précaution.
  4. Ne pas descendre dans les caves, sous-sols et parkings souterrains, ni circuler sur les berges ou les routes inondées.
  5. Suivre les consignes d'évacuation si elles sont données, et prendre des nouvelles des voisins isolés.

Ce dernier point rejoint l'idée de résilience chère au mouvement de la transition : face à une crue longue, la solidarité de voisinage compte autant que les digues. Les berges basses et les îles, elles, sont régulièrement inondées : c'est même une condition de la richesse écologique décrite dans notre article sur les îles de la Marne.

Sources