Bords de Marne

Les îles de la Marne : une biodiversité protégée aux portes de Paris

Bords de Marne · Publié le 2026-10-27

Un cygne blanc nage sur l'eau verte et calme d'une rivière
Cygne sur la Marne, à Damery (Marne). Photographie de Daiima, domaine public. Illustration générale, prise en amont du Val-de-Marne.

Entre Nogent-sur-Marne, Le Perreux, Bry, Champigny et Saint-Maur, la Marne dessine de larges boucles semées d'îles. Certaines sont habitées depuis longtemps ; d'autres, boisées et difficiles d'accès, sont devenues des refuges pour la faune et la flore des bords de rivière, à quelques kilomètres de Paris. Plusieurs bénéficient de protections réglementaires. Voici lesquelles, pourquoi, et ce que cela implique pour les promeneurs, les pagayeurs et les baigneurs.

Une rivière urbaine, des îles sauvages

La Marne traverse ici un des secteurs les plus densément urbanisés de France. Pourtant, ses îles boisées, ses berges restées naturelles par endroits et ses bras secondaires offrent des milieux devenus rares en ville : forêts alluviales régulièrement inondées, roselières, berges en pente douce, bois morts tombés dans l'eau. Ce sont précisément ces milieux, plus que telle ou telle espèce spectaculaire, qui font la valeur écologique des îles. Ils servent d'abri, de lieu de reproduction et de corridor de déplacement le long de la rivière.

Leur fragilité tient à leur petite taille et à la pression humaine : piétinement, débarquements, feux, dépôts de déchets, dérangement des oiseaux en période de nidification, mais aussi espèces exotiques envahissantes qui concurrencent la flore locale.

L'arrêté de protection de biotope de 2008

L'arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) est un outil du code de l'environnement qui permet au préfet de prendre des mesures pour préserver les milieux nécessaires à la survie d'espèces protégées. Il peut réglementer ou interdire certaines activités (accès, circulation, travaux, dépôts) sur un périmètre défini, sans que l'État devienne propriétaire des terrains.

Selon l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), l'APPB des « Îles de la Marne de la boucle de Saint-Maur » a été créé le 25 mars 2008 par décision préfectorale, avec une surface officielle de 5,3 hectares (la mesure cartographique de l'INPN donne une superficie plus élevée). Les services de l'État en Île-de-France en assurent le suivi technique. Un article consacré à la biodiversité du Val-de-Marne indique que la présence de plusieurs espèces protégées, parmi lesquelles la cuscute d'Europe, la cardamine impatiente et le martin-pêcheur d'Europe, a motivé cet arrêté.

Le texte précis de l'arrêté, avec la liste des îles et des mesures applicables, est consultable auprès de la préfecture du Val-de-Marne. Avant toute activité nautique à proximité, il est prudent de s'y référer.

Une ancienne réserve naturelle volontaire

D'autres îles ont connu un statut de protection différent. D'après une annexe du plan local d'urbanisme intercommunal publiée par la ville de Fontenay-sous-Bois, l'île de Pissevinaigre, les îles des Gords et la pointe est de l'île de l'Abreuvoir ont été classées en réserve naturelle volontaire de 1999 à 2003, et restent suivies par le Département du Val-de-Marne. Le même document mentionne, plus en amont, des îles de Chennevières-sur-Marne, comme l'île d'Amour et l'île Casenave, protégées au titre des sites classés en application de la loi de 1930. Ces régimes sont distincts : un site classé protège un paysage, un APPB protège des milieux nécessaires à des espèces.

Un territoire « engagé pour la nature »

La protection ne passe pas seulement par des arrêtés. Paris Est Marne & Bois indique être le premier établissement public territorial de la Métropole du Grand Paris reconnu « engagé pour la nature » par le ministère de la Transition écologique. Le territoire mène aussi des actions contre certaines espèces invasives, comme le frelon asiatique et le moustique tigre, et ses actions pour la qualité de l'eau de la Marne, qu'il qualifie de « colonne vertébrale du territoire », profitent autant à la faune qu'aux baigneurs.

Baignade et biodiversité : un équilibre recherché

Le retour de la baignade en Marne n'a pas été pensé contre la nature. Le schéma d'aménagement et de gestion des eaux Marne Confluence, approuvé en 2018, fixait l'objectif de retrouver la baignade en respectant les exigences paysagères et écologiques. Le syndicat Marne Vive, qui porte ce schéma, travaille depuis 1993 à la reconquête de la qualité de l'eau, ce qui profite d'abord aux poissons et aux oiseaux qui s'en nourrissent. Se baigner sur un site autorisé plutôt que depuis une berge sauvage est aussi une manière de laisser ces milieux tranquilles.

Profiter de la rivière sans déranger

  1. Ne pas débarquer sur les îles protégées ou privées, même pour une pause en kayak ou en paddle, et garder ses distances avec les berges en période de nidification, au printemps.
  2. Rester sur les chemins le long des berges et tenir les chiens en laisse.
  3. Ne rien laisser derrière soi : un déchet jeté sur une berge finit dans la rivière à la prochaine crue.
  4. Ne pas cueillir ni arracher les plantes des berges, d'autant que certaines sont protégées.
  5. Signaler les dépôts sauvages ou les atteintes aux berges à la mairie ou au territoire.

Ces précautions valent aussi pour les baigneurs : les sites de baignade autorisés, présentés dans notre article se baigner dans la Marne, sont des espaces aménagés et surveillés : c'est là, et non depuis les îles ou les berges sauvages, qu'il faut se mettre à l'eau. Enfin, les îles et les berges basses sont les premières touchées par les crues, un phénomène naturel qui façonne ces milieux et dont nous expliquons les risques pour les habitants dans notre article sur les crues et zones inondables.

Sources