Climat & énergie

Géothermie et réseaux de chaleur dans l'est parisien : comment savoir si son immeuble peut s'y raccorder

Climat & énergie · · Publié le 2026-11-01

Bâtiment ancien en brique et pans de bois à deux pignons, grandes fenêtres vitrées et escalier extérieur métallique
Bâtiment près de l'église Saint-Hilaire, boulevard de la Marne, à Saint-Maur-des-Fossés. Photographie de VVVCFFrance, CC0. Illustration générale : l'immeuble n'est pas cité comme raccordé à un réseau.

Sous les communes des bords de Marne, à près de deux kilomètres de profondeur, circule une eau chaude que l'on exploite depuis des décennies pour chauffer des logements. Le Val-de-Marne est l'un des départements de France où la géothermie profonde est la plus développée, et les réseaux de chaleur qu'elle alimente s'étendent encore. Pour un immeuble chauffé au gaz ou au fioul, c'est souvent la piste la plus sérieuse pour sortir des énergies fossiles. Encore faut-il savoir si un réseau passe à proximité, et comment s'y prendre.

Une ressource sous nos pieds : la nappe du Dogger

Le Bassin parisien est une cuvette de couches sédimentaires empilées. L'une d'elles, un ensemble de calcaires poreux du Jurassique moyen que les géologues appellent le Dogger, contient une nappe d'eau très salée, chauffée par la chaleur naturelle de la Terre. Sous l'est parisien, elle se trouve à une profondeur de l'ordre de 1 500 à 2 000 mètres, et son eau y dépasse généralement 60 °C. C'est une température trop basse pour produire de l'électricité, mais idéale pour le chauffage et l'eau chaude sanitaire.

Les premières opérations franciliennes remontent à la fin des années 1960, et la plupart des installations ont été forées dans les années 1980, après les chocs pétroliers. Après une période de doutes liés à la corrosion des puits, la filière est repartie au cours des années 2000 et 2010, portée par les objectifs climatiques et par la hausse du prix du gaz.

Comment fonctionne un doublet géothermique

Une installation de géothermie profonde repose sur deux forages, que l'on appelle un doublet :

Rien n'est donc prélevé de façon définitive : on ne fait qu'emprunter de la chaleur. Les forages sont déviés en profondeur, si bien que deux têtes de puits voisines peuvent atteindre la nappe à plus d'un kilomètre l'une de l'autre. Selon les besoins, des pompes à chaleur abaissent encore la température de l'eau réinjectée pour en tirer davantage d'énergie, et une chaufferie d'appoint, souvent au gaz, prend le relais lors des grands froids ou des opérations de maintenance.

Dans l'est parisien : des réseaux qui s'étendent

Champigny-sur-Marne illustre bien cette dynamique. Le groupe Coriance y exploite un premier réseau alimenté par la géothermie depuis 2016 ; une deuxième centrale, dont le doublet atteint le Dogger vers 1 800 mètres de profondeur, est entrée en service en 2024 et a été inaugurée au printemps 2025, pour chauffer de l'ordre de 5 000 logements supplémentaires. À Fontenay-sous-Bois, la régie municipale du réseau de chaleur a lancé fin 2024 une consultation pour créer une centrale de géothermie profonde.

Ces projets prennent des années : études du sous-sol, autorisation minière, enquête publique, forage, puis extension des canalisations rue par rue. Les enquêtes publiques sont d'ailleurs l'occasion, pour les habitants comme pour les collectifs de transition, de consulter le dossier, de poser des questions sur les nuisances du chantier ou sur le tracé, et de demander que tel quartier soit desservi. Les orientations retenues à l'échelle du territoire figurent dans le plan climat de Paris Est Marne & Bois.

Classement des réseaux et obligation de raccordement

Le code de l'énergie permet de « classer » un réseau de chaleur. Depuis les lois énergie-climat de 2019 et climat et résilience de 2021, et le décret du 26 avril 2022, ce classement est automatique pour tout réseau qui remplit trois conditions : être alimenté à plus de 50 % par des énergies renouvelables ou de récupération, compter l'énergie livrée à chaque point de livraison et être équilibré financièrement. La collectivité peut renoncer au classement par une délibération.

Un réseau classé est assorti d'un périmètre de développement prioritaire. À l'intérieur, les bâtiments neufs et ceux qui remplacent une installation de chauffage au-delà d'une certaine puissance doivent en principe se raccorder, sauf dérogation accordée par la collectivité, notamment lorsque le raccordement serait techniquement impossible ou nettement plus coûteux qu'une autre solution renouvelable. À Fresnes, dans le Val-de-Marne, le réseau a par exemple été classé en 2023. Pour une copropriété qui envisage de changer de chaudière, la première question à poser à la mairie est donc simple : sommes-nous dans un tel périmètre ?

Tester son adresse et préparer le dossier

Le plus rapide est de passer par France Chaleur Urbaine, un service public gratuit soutenu par l'ADEME : il suffit de saisir son adresse et le type de bâtiment pour savoir si un réseau passe à proximité, consulter une carte des réseaux et obtenir une première estimation du coût de raccordement.

Pour une copropriété, la démarche suit en général ces étapes :

Concrètement, la chaudière collective est remplacée par une sous-station : un échangeur et des appareils de régulation, nettement moins encombrants, qui transfèrent la chaleur du réseau au circuit de chauffage de l'immeuble. Les radiateurs restent en place.

Le coût, et les questions à poser

La facture d'un réseau de chaleur se compose habituellement de deux parts : un terme lié à l'énergie consommée, souvent appelé R1, et un abonnement lié à la puissance souscrite, le R2. Les réseaux alimentés à plus de 50 % par des énergies renouvelables ou de récupération bénéficient d'un taux de TVA réduit sur l'ensemble de la facture. Le raccordement lui-même peut être financé en partie par les certificats d'économies d'énergie, qui prévoient une opération spécifique pour le raccordement d'un bâtiment résidentiel à un réseau de chaleur ; les autres aides possibles sont présentées dans notre article sur la rénovation énergétique et ses aides.

Avant de signer, quelques questions méritent d'être posées par écrit à l'exploitant :

Le passage à un réseau de chaleur renouvelable a aussi une incidence sur le diagnostic de performance énergétique, puisque le DPE tient compte du contenu carbone du réseau : les règles en vigueur sont rappelées dans notre article sur le DPE en 2026.

Les limites à connaître

Un réseau de chaleur n'est pas une solution universelle. Il est d'autant plus pertinent que la densité de logements est forte : une rue de pavillons éloignée des canalisations existantes a peu de chances d'être desservie à court terme, et une pompe à chaleur ou une meilleure isolation restent alors les pistes principales. Un forage profond est un chantier lourd, de plusieurs mois, et les puits demandent une surveillance constante, car l'eau salée du Dogger est corrosive. Enfin, une chaleur renouvelable ne dispense pas d'isoler : moins un immeuble consomme, plus l'abonnement souscrit peut être faible.

Sources