Climat & énergie

Canicule dans l'est parisien : registre des personnes fragiles, vigilance et logement au frais

Climat & énergie · · Publié le 2026-10-29

Chemin de terre longeant une rivière calme bordée d'arbres aux feuilles d'automne, sous un ciel gris
Chemin de halage le long de la Seine, à Marolles-sur-Seine (Seine-et-Marne). Photographie de VVVCFFrance, CC0. Illustration générale : les berges arborées restent parmi les endroits les plus frais d'une ville en été.

Les vagues de chaleur ne sont plus des accidents isolés. Dans une agglomération dense comme l'est parisien, où le bitume et la pierre stockent la chaleur du jour et la restituent la nuit, elles pèsent d'abord sur les personnes âgées, isolées ou malades, et sur ceux qui vivent sous les toits. L'automne est le bon moment pour s'y préparer : on a le temps d'inscrire un voisin sur un registre, de faire poser des volets ou de monter un réseau d'entraide avant le prochain mois de juillet.

Pourquoi la ville chauffe davantage

On parle d'îlot de chaleur urbain pour désigner l'écart de température entre une ville et la campagne qui l'entoure. Il est surtout marqué la nuit : les façades, les toitures et les chaussées accumulent l'énergie solaire pendant la journée et la relâchent après le coucher du soleil, alors que les champs et les bois se refroidissent vite. Le manque de végétation, la rareté des surfaces d'eau, la chaleur rejetée par les moteurs et les climatiseurs aggravent l'effet.

Or c'est justement l'absence de fraîcheur nocturne qui rend les canicules dangereuses : le corps ne récupère plus. Lors de l'épisode d'août 2003, l'Inserm a estimé la surmortalité à environ 15 000 décès en France, en grande majorité chez des personnes âgées, et l'Île-de-France a été l'une des régions les plus touchées. Cette catastrophe est à l'origine de la plupart des dispositifs actuels.

Le registre canicule de la mairie

Depuis la loi du 30 juin 2004, qui a suivi l'été 2003, chaque maire doit tenir un registre nominatif des personnes âgées et des personnes handicapées vivant à domicile qui en font la demande (article L. 121-6-1 du code de l'action sociale et des familles). Il concerne les personnes de 65 ans et plus, celles de plus de 60 ans reconnues inaptes au travail, et les adultes handicapés. Le registre est le plus souvent géré par le centre communal d'action sociale (CCAS).

En cas de déclenchement du plan d'alerte par le préfet, les services municipaux appellent les inscrits, vérifient qu'ils vont bien, et peuvent organiser une visite, une livraison d'eau ou un accompagnement vers un lieu frais. Trois points à connaître :

Lire la vigilance canicule

Météo-France publie deux fois par jour une carte de vigilance qui comprend un volet canicule, établi avec Santé publique France à partir des températures minimales et maximales prévues sur trois jours. Le jaune signale un pic de chaleur ponctuel, l'orange une canicule, le rouge une canicule extrême. Le passage en orange ou en rouge déclenche les mesures préfectorales : activation des registres, ouverture de salles rafraîchies dans certaines communes, consignes aux établissements pour personnes âgées, adaptation parfois des horaires de travail sur les chantiers. La carte est consultable sur le site de vigilance de Météo-France, qui propose aussi un abonnement aux alertes.

Santé publique France suit de son côté le nombre de passages aux urgences et d'interventions de SOS Médecins liés à la chaleur, et publie après chaque été une estimation de la surmortalité.

Garder son logement frais

Les gestes sont connus, mais encore faut-il les appliquer avec méthode :

Sur le long terme, c'est le bâti qui fait la différence. Les logements sous combles mal isolés et les grandes baies vitrées exposées au sud ou à l'ouest deviennent vite invivables. Le diagnostic de performance énergétique comporte d'ailleurs un indicateur de confort d'été, qui tient compte de l'isolation de la toiture, des protections solaires et de l'inertie du bâtiment. Isoler la toiture, poser des volets ou des brise-soleil extérieurs, planter un arbre côté sud : ces travaux améliorent à la fois l'hiver et l'été. Les aides et les conseillers gratuits sont présentés dans notre article sur la rénovation énergétique dans l'est parisien. La climatisation soulage, mais elle consomme de l'électricité et rejette sa chaleur dans la rue : elle se réserve en priorité aux personnes fragiles et aux pièces où elles vivent.

Où se rafraîchir dehors

Les bords de Marne, les parcs, le bois de Vincennes et les cimetières arborés restent nettement plus frais que les rues minérales, surtout en fin de journée. Les bibliothèques, médiathèques et certains équipements municipaux climatisés servent de refuges pendant les épisodes de chaleur : leur liste est en général publiée par la mairie au moment de l'alerte. Piscines et baignades aménagées complètent l'offre ; en revanche, se baigner dans la Marne hors des sites autorisés reste dangereux, à cause du courant, des berges abruptes et de la qualité de l'eau. Les règles et les sites ouverts sont détaillés dans notre article Se baigner dans la Marne.

L'entraide entre voisins

Les dispositifs publics ne touchent que les personnes inscrites. Or beaucoup de personnes isolées ne se signalent jamais. C'est là qu'un collectif de quartier, une amicale de locataires ou un groupe de voisins peut jouer un rôle simple et décisif :

Ce type de réseau prolonge ce que les collectifs de transition appellent la résilience locale : être capable, à l'échelle d'une rue, de faire face à un choc prévisible. Il n'exige ni budget ni statut, et rejoint les autres projets de proximité comme les jardins partagés, qui contribuent eux aussi à verdir la ville.

Ce que prévoit le territoire

Tout plan climat-air-énergie territorial comporte un volet d'adaptation au changement climatique, à côté de la réduction des émissions. Végétalisation des cours d'école et des espaces publics, désimperméabilisation des sols, protection des berges et des îles, rénovation des bâtiments publics : ce sont les leviers habituels contre la chaleur urbaine. Les objectifs et le suivi du document de Paris Est Marne & Bois sont présentés dans notre article sur le plan climat du territoire. Les réunions publiques et les budgets participatifs des communes sont aussi l'occasion de proposer des plantations ou des points d'eau dans les quartiers qui en manquent.

Sources