Fresque du Climat, Fresque de la biodiversité, 2tonnes : organiser un atelier climat entre voisins

Beaucoup de collectifs de transition sont nés d'une soirée : une projection, un débat, ou, de plus en plus souvent, un atelier où l'on manipule des cartes sur une grande table. La Fresque du Climat et ses cousines ont fait entrer ces jeux sérieux dans les entreprises, les écoles et les salles municipales. Voici comment ils fonctionnent, comment en accueillir un entre voisins, et comment éviter qu'il reste sans suite.
La Fresque du Climat : relier les causes et les conséquences
Le principe est simple. Les participants reçoivent, par lots successifs, des cartes qui décrivent chacune un élément du changement climatique : activités humaines, gaz à effet de serre, effet de serre additionnel, hausse de la température, fonte des glaces, acidification de l'océan, sécheresses, migrations… Ils doivent les placer sur une grande feuille et tracer les flèches de cause à effet. Personne ne fait de cours : le groupe reconstitue le mécanisme d'ensemble en discutant, et l'animateur corrige et complète.
Selon l'association qui la diffuse, l'atelier dure trois heures, repose sur un jeu de 42 cartes dont le contenu vient des rapports du GIEC, et réunit 4 à 14 participants autour d'un animateur, en présentiel ou en ligne. Il existe une version junior pour les 10-14 ans et une version simplifiée pour les 14-18 ans. Après la phase de cartes viennent un temps de créativité puis un débriefing consacré au ressenti et aux pistes d'action. L'association propose désormais un atelier dit « de deuxième génération », qui cherche un nouvel équilibre entre science, émotions et action.
L'outil a été imaginé par Cédric Ringenbach et l'association a été créée fin 2018. Elle revendique aujourd'hui plus de 2 millions de participants dans plus de 160 pays, et des cartes traduites dans plus de 45 langues : des chiffres déclaratifs, mais qui disent l'ampleur du phénomène.
Les « fresques amies » et l'atelier 2tonnes
Le format a été repris pour d'autres sujets. Deux ateliers intéressent particulièrement un groupe de transition.
- La Fresque de la biodiversité s'appuie sur le rapport d'évaluation mondiale de l'IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, publié en 2019. Selon son site, elle utilise 39 cartes distribuées en cinq lots, à des équipes de cinq à sept personnes, pour un atelier de trois heures : vingt minutes pour comprendre un écosystème, une heure de cartes, quarante minutes de créativité et de restitution, une heure de débriefing. Sur les bords de Marne, une sortie d'observation dans les îles protégées de la rivière en fait un prolongement naturel.
- L'atelier 2tonnes change d'angle : au lieu d'expliquer le mécanisme, il fait simuler une transition. Chaque participant calcule d'abord son empreinte carbone ; puis, en équipe et en huit tours de jeu, le groupe choisit des actions individuelles et des décisions collectives pour réduire les émissions jusqu'en 2050. Le nom renvoie à la cible de 2 tonnes d'équivalent CO2 par habitant et par an en 2050, que les concepteurs rapprochent de l'Accord de Paris, contre une dizaine de tonnes en moyenne en France aujourd'hui selon eux. L'atelier dure environ trois heures et demie, pour 6 à 15 participants et un animateur.
Les deux approches se complètent : la Fresque fait comprendre pourquoi, 2tonnes fait toucher du doigt combien et comment. Beaucoup de groupes commencent par la première et proposent la seconde quelques semaines plus tard.
Organiser un atelier dans son quartier
- Trouver un animateur. Les trois projets tiennent un agenda d'ateliers et un annuaire d'animateurs formés ; certains animent bénévolement pour le grand public, d'autres dans un cadre professionnel. Les conditions d'utilisation des outils, gratuites ou payantes selon le cadre, sont précisées sur le site de chaque projet : à vérifier avant d'annoncer l'événement.
- Choisir une salle adaptée. Il faut de grandes tables, ou des tables que l'on peut rapprocher, de l'espace pour circuler, et un mur ou un tableau pour le débriefing. Une salle municipale, une médiathèque, un local associatif ou une salle commune d'immeuble conviennent. Pour emprunter une salle de la mairie, il est souvent plus simple d'être une association déclarée : voir notre article sur la création d'un collectif.
- Limiter le nombre de participants. Une table de huit à dix personnes fonctionne bien ; au-delà de quatorze pour une Fresque du Climat, ou de quinze pour 2tonnes, il faut une deuxième table et un deuxième animateur.
- Bloquer trois heures à trois heures et demie, plus l'accueil. Un samedi matin ou un début de soirée en semaine se prête bien à l'exercice. Prévoir de quoi boire et manger : l'atelier est dense, et le moment informel qui suit est souvent celui où les projets naissent.
- Varier le public. Un atelier entre convaincus produit moins d'échanges qu'un groupe mêlant voisins, commerçants, parents d'élèves et élus. Une affiche chez le boulanger et un message sur la liste de l'école touchent souvent d'autres personnes que les réseaux habituels.
Après l'atelier : passer à l'action
C'est la limite la plus souvent reprochée à ces formats : plusieurs articles de presse ont souligné qu'un atelier de trois heures suffit rarement à changer durablement les comportements, et qu'il laisse de côté les causes politiques de l'inaction. Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des villes en transition, insiste de son côté sur le rôle de l'imagination et du passage à l'acte collectif, présenté dans notre article sur sa démarche. Les deux remarques mènent à la même conclusion : l'atelier doit déboucher sur quelque chose.
Quelques pistes qui fonctionnent bien à l'échelle d'un quartier :
- terminer le débriefing par un tour de table où chacun note une action personnelle et une action collective, et recontacter les participants un mois plus tard ;
- proposer une activité concrète dans la foulée : un repair café, un composteur d'immeuble, une sortie au marché de producteurs ;
- relier les idées aux politiques locales, en s'appuyant sur les objectifs du plan climat de Paris Est Marne & Bois et sur ses consultations publiques ;
- garder une trace de la fresque (photo de la grande feuille, liste des idées) et la partager avec le groupe.
Un atelier réussi ne se mesure pas au nombre de cartes bien placées, mais au nombre de personnes qui reviennent la fois suivante.
Sources
- La Fresque du Climat, « Ensemble, créons le déclic avec la Fresque du Climat », présentation de l'atelier et chiffres de participation (consulté le 5 novembre 2026).
- La Fresque de la biodiversité, « présentation de l'atelier » (déroulé, nombre de cartes, rapport de l'IPBES ; consulté le 5 novembre 2026).
- 2tonnes, « L'atelier 2tonnes » (déroulé, durée, nombre de participants, cible de 2 tonnes ; consulté le 5 novembre 2026).
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